À TRAVERS LES ÂGES

La crosse (ou lacrosse en anglais) est un sport collectif d’origine amérindienne. Il s’agit de l’un des plus vieux jeux d’équipe du continent américain, puisque des origines de ce sport remontent jusqu’au XIe siècle en Mésoamérique ou au Mexique. Lors du contact entre les autochtones et les Européens au XVIIe siècle, ces derniers ont constaté qu’il était notamment pratiqué dans la région des Grands Lacs et sur la Côte Est de Etats-Unis.  Ce jeu traditionnel était un des évènements phares à cette époque et pouvait se dérouler sur plusieurs jours durant lesquels des rencontres s’organisaient entre villages ou tribus voisins, réunissant à l’occasion des centaines voire un millier de participants.

Les récits historiques stipulent que la crosse se disputait souvent sur un terrain entre deux villages adverses et que les buts pouvaient être distants de 500 mètres à plusieurs kilomètres. Les règles de ces jeux étaient décidées quelques jours avant la compétition. Les hommes étaient les participants dans ce qui devenait une véritable cérémonie.  La balle ne devait pas être touchée avec la main et les buts étaient constitués d’arbres, de rochers ou de poteaux en bois.  Jouée à la clarté, la partie pouvait s’étendre sur des heures et même des jours.  Chaque joueur était armé d’une crosse qu’il avait fabriqué et tous les coups étaient permis lors de la joute.

Pour les Wendat, la crosse était jadis reconnue pour ses dimensions sportives, sociales, politiques et même médicinales. Nos ancêtres nommaient la crosse «Tikwahwehnda’eh», qui se traduit par «frappons les mollets»!!! Vous pouvez donc imaginer la sévérité et la robustesse des coups qui pouvaient être portés! Nos cousins iroquois appellent le jeu de crosse «Tewaarathon», soit «le petit frère de la guerre». En effet, les préparatifs du jeu rappellent beaucoup ceux des guerriers sur le sentier de la guerre autrefois. La guerre était un des moyens les plus importants pour les jeunes hommes de se préparer à jouer leur rôle dans la collectivité. On croyait qu’en jouant à la crosse, on pouvait tirer les mêmes leçons utiles.

Pour beaucoup de collectivités autochtones d’Amérique, le jeu était un véritable don du créateur. Il devait être joué « de telle sorte qu’il confère honneur et respect aux membres de la collectivité qui habitent la Terre-mère ». On enseignait aux joueurs que de jouer le jeu de crosse était un don qui comportait des leçons de courage, de force, d’honneur, de respect, de générosité et de loyauté au jeu. En outre, l’exemple fourni aux autres joueurs et aux spectateurs était en soi une leçon de savoir-vivre dans et entre les collectivités.

LA CROSSE MODERNE

On s’entend généralement pour dire que le jeu contemporain a commencé à évoluer après 1834 quand les Mohawks de Kahnawake ont organisé une démonstration de crosse à Montréal. En 1867, monsieur William George Beers uniformisait les premières règles d’un club de crosse établi dans cette ville. Le jeu a commencé à attirer l’attention du public aux États-Unis et en Europe. Dans les années 1880, la Ligue nationale de crosse du Canada interdisait aux autochtones de participer aux championnats. De nos jours, soit plus de cent ans plus tard, la Confédération Iroquoise (Haudenosaunee) ainsi que d’autres groupes autochtones possèdent leur propre équipe et participent à des championnats partout dans le monde. En 1994, le jeu de crosse est déclaré sport national d’été du Canada par la Loi sur les sports nationaux du Canada (le hockey sur glace étant le sport national d’hiver). Aujourd’hui, il existe des ligues de crosse dans le monde entier : de professionnels et d’amateurs, de femmes et d’hommes, sans compter évidemment toutes les personnes qui jouent de la crosse pour le simple plaisir.

CHEZ NOUS À WENDAKE

Dans les années 1970, la crosse en enclos savait attirer l’attention du Québec en général avec, notamment, les Caribous de Québec et les Québécois de Montréal, deux équipes professionnelles faisant partie de la Ligue Nationale de Crosse (NLL). Dans le milieu de cette décennie, monsieur Ludger Picard, alors responsable des Loisirs à Wendake, a réussi à dénicher quelques crosses usagées en bois et de l’équipement de protection de fortune. Il a réussi à convaincre une vingtaine d’adolescents et de jeunes adultes de la communauté à faire revivre notre sport national. Divisés en deux équipes, selon leurs âges, les jeunes de l’époque se sont rapproprié les rudiments du sport pour en venir à croiser le fer contre des équipes de la Rive-Sud de Québec dans un contexte quelque peu formel. Cette formule a duré environ deux ans pour s’essouffler, tout comme la NLL dans la province à l’époque.

Près de vingt ans plus tard, soit au début des années 2000, une nouvelle génération de Wendat a découvert ce sport à leur tour, grâce aux enseignements de quelques membres qui avaient relevé le défi de monsieur Picard à l’époque notamment. Cette passion perdure dans notre communauté depuis et permet ainsi à des hommes entre 16 et 55 ans de pratiquer hebdomadairement notre sport traditionnel dans un esprit sain et compétitif.  Comme notre groupe s’est fait connaître dans la région avec le temps, des joueurs non autochtones provenant même d’autres régions du Québec se sont joints au groupe. 

L’ÉQUIPE DE CROSSE AHKI’WAHCHA’ DE WENDAKE

Monsieur Frédérick Renaud, gardien de l’équipe et jouant depuis le début des années 2000, a pris en charge le leadership de l’équipe avec le temps.  Un conseil d’administration a été mis sur pied et l’Équipe est enregistrée au Registraire des Entreprises du Québec.  En 2012, il a conçu le logo et a nommé l’Équipe de crosse locale par sa nouvelle détermination officielle, soit Ahki’wahcha’, ce qui signifie «bande de guerriers».  Cela a été possible grâce à l’apport de madame Megan Lukaniec, linguiste wendat.  Enfin, il a permis à l’équipe de joindre le Circuit Québécois de Crosse Sénior en 2014.